Hazret-i Muhammed Mustafa sallallahü Aleyhi ve sellem

Hazret-i Muhammed Mustafa sallallahü Aleyhi ve sellem
Prophète de l'islam.

Abou Ibrahim Mouhammad ibn Abd Allah ibn al-Mouttalib ibn Hicham, ou Mouhammad, «le Louangé» ou «Celui qui est digne de louanges» ; dit souvent en français Mohammed , ou encore Mahomet.

Confessant la foi monothéiste d'Abraham, le Prophète de l'islam prêche aux tribus arabes polythéistes une conversion à un dieu unique, Allah, qui leur délivre sa parole par son intermédiaire. Son message a contribué à l'unification de la péninsule Arabique. Homme remarquable, issu d'une communauté en marge des grandes sociétés de l'époque, il a su faire une synthèse idéologique capable de s'imposer de l'Atlantique au Pacifique.

La prédication de Mahomet va se heurter à la volonté de statu quo de ses compatriotes mecquois. Son action, dès lors, ne se limitera plus à la simple exhortation, mais se transformera en un engagement total, dans le domaine religieux, politique et militaire. S'appuyant sur la création d'un mini-Etat à Médine, il fera triompher localement sa communauté, avant d'en étendre l'influence sur les nomades et d'obtenir l'unification des Arabes.


La vie du Prophète
Selon la sira (biographie traditionnelle du Prophète), Muhammad, ou Mahomet, est né à La Mecque dans le Hedjaz, région occidentale de l'Arabie, vers 570 après J.-C. Son père, Abd Allah, appartenait au clan des Bani Hachem, qui était une fraction de la puissante tribu des Quraychites (originaire de La Mecque); cette dernière était alors en perte de statut social. Orphelin de père à la naissance, et sa mère, Amina, se trouvant dans une situation précaire, l'enfant est mis en nourrice dans une tribu bédouine, où il va demeurer jusqu'à l'âge de six ans. Sa mère meurt peu de temps après l'avoir récupéré. Le jeune Mahomet est élevé par son grand-père paternel et chef de clan, Abd al-Muttalib, puis, à la mort de celui-ci, par son oncle, Abu Talib, riche marchand mecquois devenu chef du clan des Hachem. Celui-ci emmène souvent Mahomet avec lui lors de ses voyages à travers le désert; il lui fait découvrir la Syrie. Par la suite, Mahomet, pour gagner sa vie, deviendra caravanier; il entrera ainsi au service de Khadidja, riche veuve qui possède les caravanes les plus importantes de La Mecque, qu'il épousera vers 595.

Les événements de sa petite enfance auront sur sa destinée une importance capitale: ils marqueront la morale sociale du Coran, qui défend inlassablement les veuves et les orphelins, interdit le mariage entre deux personnes placées chez une même nourrice, comme si elles étaient frère et s½ur. Cet interdit provient du code bédouin qui fait des frères de lait des frères de sang. Mahomet épousera des veuves la plupart du temps. Sa première épouse, Khadidja, est plus âgée que lui d'une quinzaine d'années. De cette union naîtront plusieurs enfants: seules ses quatre filles survivront. Mahomet adopte un de ses esclaves, qu'il affranchit, et adopte également son cousin Ali, fils d'Abu Talib, qui épousera l'une de ses filles, Fatima; toute la descendance prophétique, historiquement si décisive, proviendra de cette union familiale.

Les débuts à La Mecque
Le Hedjaz se situe alors au carrefour d'un mouvement commercial important entre le Yémen (océan Indien) et la Syrie (Méditerranée), mais aussi entre l'Arabie et l'Abyssinie chrétienne (l'actuelle Ethiopie). La Mecque est alors une grande étape caravanière, environnée de tribus qui élèvent notamment des chameaux pour le transport des hommes et des marchandises. Sur le plan politique, cette région forme la marge de l'influence des deux puissances du moment: Byzance la chrétienne, et la Perse sassanide, qui pratique la religion manichéenne de Zarathoustra. Du point de vue religieux encore, la proximité du Sinaï de Moïse et de la Jérusalem de Jésus se concrétise par la présence, en Arabie, de chrétiens nestoriens ou coptes et de tribus juives. Les éleveurs arabes, quant à eux, pratiquent une sorte de polythéisme à base tribale. L'un de leurs sanctuaires les plus réputés se trouve précisément à La Mecque. Il y a donc place, dans ce contexte, pour un message monothéiste, qui serait spécifiquement adressé aux populations de culture arabe.

La vocation
Mahomet avait coutume de se retirer régulièrement dans une grotte, non loin de La Mecque, sur le mont Hira, pour méditer et prier. C'est là qu'il reçut la première révélation, par l'entremise de l'archange Gabriel, vers l'an 610. Après le trouble causé par les premiers messages divins, Mahomet s'y habitua peu à peu et les répéta à son entourage. Il finit par les dicter à un proche; cette transcription des révélations formera par la suite le Coran (de l'arabe qur'an, «lecture» ou «récitation»).

L'un des parents de Khadidja, réputé hanifi, c'est-à-dire adepte du monothéisme «originel» hérité d'Abraham, reconnaît en Mahomet le prophète annoncé dans les traditions de Moïse et de Jésus. Mais des années passeront avant que Mahomet ne s'engage dans la prédication. A partir de ce moment, l'annonce de la nature prophétique de sa mission et ses sermons sur la fin du monde, sur le Jugement dernier, sur l'unicité divine et sa transcendance absolue, sur la damnation des réprouvés et la rétribution des justes rencontrent le scepticisme de ses concitoyens mecquois, puis rapidement l'hostilité des factions tribales dirigeantes.

Malgré le soutien de Khadidja et de quelques proches, comme Abou Bakr, qui se convertissent à la nouvelle religion, et la protection de plusieurs membres de sa famille, notamment de son oncle Abu Talib, Mahomet est de plus en plus menacé par les membres hostiles de sa propre tribu. En 615, il avait conseillé à certains de ses compagnons de traverser la mer Rouge pour trouver refuge en Abyssinie; ils étaient conduits par Djaafar, le frère d'Ali. Quelques-uns, au contact des églises abyssines, se convertiront au christianisme copte. La même année, en 619, sa femme Khadidja, âgée de 65 ans, et son oncle Abu Talib à près de 90 ans meurent. Mahomet se remarie avec Sauda, rentrée d'Abyssinie après la conversion de son mari, Sukran ibn Amr.

La mort de son oncle le prive de tout soutien dans le clan des Hachim; Abu Lahab, très hostile à Mahomet, succède à son frère Abu Talib. Mahomet doit s'éloigner de La Mecque, il conclut un pacte (serments d'Aqaba) avec des partisans qui l'accueillent à Yathrib, la future Médine, ville oasis du Nord. C'est la rupture de l'hégire (de l'arabe hidjra, «émigration»); l'exil volontaire de Mahomet, de La Mecque vers Médine, marque les débuts de l'ère islamique (l'hégire correspondrait au 15 juillet 622 du calendrier grégorien) et de la nouvelle communauté (oumma), unie dans la foi en un dieu unique. La période antérieure est globalement qualifiée de «temps de la fureur» (djahiliyya).

Médine : premier «Etat» islamique (622-632)
Les fidèles quittent peu à peu La Mecque pour rejoindre le Prophète. Yathrib devient alors Médine (de l'arabe madina, «ville»). L'alliance entre «émigrés» mecquois, les Muhadjirun, et «partisans» médinois, les Ansar, sans compter la présence de communautés juives, place Mahomet à la tête d'une ville «fédérée», qui a besoin de se doter d'institutions et d'être défendue contre les ennemis mecquois. De nombreuses révélations coraniques de cette époque prendront un tour plus organisationnel, tant au niveau du contenu religieux que social et politique: l'office religieux est mis en place à la mosquée; Abou Bakr, devenu beau-père de Mahomet (Aïcha est sa troisième épouse), sera l'imam conduisant la prière, et Bilal, un Noir affranchi, sera le premier muezzin. L'impôt religieux obligatoire (zakat) et le partage réglementé du butin de guerre formeront les bases des finances publiques de la cité-Etat. Le statut des femmes, la réglementation du mariage et de l'héritage conditionneront une partie du fonctionnement de la communauté de Médine puis, plus largement, de la société islamique.

Sous la bannière de l'islam, le Prophète attaque les caravanes mecquoises. La victoire de Badr (624), contre des marchands quraychites de La Mecque, est considérée comme une guerre sainte (djihad) envers les infidèles (on ne parlera plus de razzia). Le revers d'Uhud (625) ainsi que les dissensions avec les tribus juives donnent lieu à des polémiques, dont témoigne le Coran. La nouvelle religion, reprenant et synthétisant l'ensemble de la tradition monothéiste héritée d'Abraham, se voulait unitaire. Dans les débuts de l'islam, la prière était faite en direction de Jérusalem; dès que l'entente avec les communautés tribales juives de Médine et des environs se détériora, la direction de la prière (qibla) fut réorientée vers La Mecque (624), et le jeûne fut fixé au mois de ramadan (celui de la victoire de Badr), consacrant la rupture idéologique avec les «gens du Livre», c'est-à-dire les juifs et les chrétiens.

En 627, la bataille dite du «Fossé» a lieu aux portes mêmes de Médine; elle révèle l'impossibilité pour les Mecquois de conquérir la cité. Le Prophète, par un subtil jeu de négociations et d'intimidations, tente de s'emparer de sa ville natale: La Mecque est conquise sans effusion de sang en 630 («Nous t'avons assuré une victoire éclatante», dit le Coran, XLVIII, 1). Après la destruction des idoles, le sanctuaire de la Kaaba est récupéré et voué au culte musulman. Les conversions se multiplient et les expéditions militaires dépassent le Hedjaz. Le pèlerinage païen annuel à La Mecque est réformé et, en 632, Mahomet accomplit le pèlerinage dit «de l'adieu», dont le circuit et le déroulement rituel serviront de modèle au hadj, obligation canonique de la religion musulmane. Cet exemple démontre que certains anciens rituels arabes préislamiques ont été conservés et transformés à l'intérieur de la religion nouvelle. Deux mois après ce voyage triomphal, le Prophète, qui «n'est qu'un messager rassoul» (Coran, III, 144), meurt à Médine, où il est enterré.

L'action de Mahomet fonde l'idéal du dirigeant islamique, en charge du temporel et du spirituel, et dont l'action politique tend vers la réalisation du dessein divin au sein de la société. Médine est devenue le deuxième lieu saint de l'islam; sa mosquée, qui abrite le mausolée du Prophète, est un passage presque obligé pour les musulmans, lors du pèlerinage annuel à La Mecque.

La succession et le califat
Le Prophète n'avait pas prévu sa succession à la tête de la communauté musulmane. N'ayant pas eu de fils qui soit resté en vie et qui aurait pu continuer sa mission, selon la tradition arabe, le choix se porta à l'intérieur du réseau de compagnons et de parents proches, tissé au long d'une vie sociale active par des alliances matrimoniales et politiques nombreuses. Parmi les prétendants possibles, il y avait Ali, son cousin et gendre; Abou Bakr, qui lui avait donné en mariage sa fille Aïcha, l'épouse préférée; Omar, dont il avait également épousé une fille, Hafsa, la «lettrée». Ces derniers étaient mecquois, mais il y avait aussi des prétendants médinois. Finalement, l'ordre de succession au califat (calife signifie «celui qui vient après ») fut le suivant: Abou Bakr (632-634), Omar (634-644), Othman (644-656) et Ali (656-661).

Ces quatre califes sont dits les «Bien-Dirigés», car après eux les différentes branches familiales s'opposèrent pour la conquête du pouvoir politique et religieux. En particulier, l'affrontement de Siffin (657), en Irak, consacra l'éclatement de la communauté musulmane, qui devait se scinder en chiites (partisans du calife Ali et de sa descendance), sunnites (partisans des Omeyyades, parents du calife Othman) et kharidjites («ceux qui se sont séparés», retirés du conflit).

Mahomet et l'islam
A la mort du Prophète, après vingt ans de révélations coraniques et d'actions politico-religieuses, et malgré ses divisions internes, la communauté musulmane est en voie de constitution, avec ses croyances, son culte, ses règles de vie, ses types de pouvoir (califat sunnite et imamat chiite). L'unification sera parachevée par l'islam. Cette communauté s'étend vers l' Egypte à l'ouest, la Perse à l'est. Face au monde chrétien byzantin et aux communautés juives, le «vide» arabe se comble peu à peu, religieusement et politiquement, grâce au Messager d'Allah rassoul Allah. En effet, les Arabes furent le dernier peuple du monde méditerranéen ancien à embrasser le monothéisme. C'est sans doute pour cela que Mahomet s'est considéré comme le dernier des prophètes, le «sceau des prophètes», de la tradition héritée d'Abraham.

Le complément du Coran
La place capitale occupée par le Prophète dans le système religieux islamique est parfaitement illustrée par la première obligation de celui qui adhère à l'islam, à savoir la récitation de la profession de foi: «J'atteste qu'il n'y a de dieu que Dieu et que Mahomet est le messager de Dieu.»

L'emprise de la personnalité du fondateur de l'islam a été telle que les générations suivantes se sont empressées de recueillir avec minutie tous ses actes, ses moindres paroles - ses silences même ont fait l'objet d'interprétations -, pour les consigner systématiquement dans des recueils dont le poids dogmatique et juridique équivaut à celui du Coran. Les ouvrages de traditions prophétiques considérées comme les plus authentiques sont les volumineux recueils d'al-Boukhari et de Mouslim (IX e siècle). Tradition et Coran forment ainsi les deux «sources» de la religion.

Un modèle à suivre
L'influence du Prophète s'est fait sentir tout au long de l'histoire musulmane. Imiter sa conduite reste pour chaque musulman pieux l'objectif à atteindre, et cela dans des domaines extrêmement variés: dire telle prière à tel moment, ne pas se servir de la main droite pour telle action, affranchir un esclave, etc. Mais au-delà de ces comportements, qui relèvent du domaine privé, l'histoire des pays musulmans a vu surgir, surtout dans des moments de crise, des personnages qui ont tenté de rééditer l'histoire prophétique, dans ses actions de réforme religieuse et morale, avec les mêmes moyens politiques et militaires et en imitant la vie du Prophète dans tous ses détails. C'est le phénomène des mahdis («guidés par Allah»), dont le plus célèbre reste celui du Soudan turco-égyptien (XIX e siècle), qui recréa une unité soudanaise et édifia un nouvel Etat islamique, à l'instar de Mahomet à Médine.

L'élan missionnaire se poursuivra après lui, grâce à une foi et à une organisation fondées sur un ensemble de textes qu'Allah lui avait révélés sa vie durant: le Coran.

# Online seit Donnerstag, 06. April, 2006 um 10:40

La conquête arabe

La conquête arabe
Après avoir reçu la révélation, Mahomet donne aux Arabes une religion commune, l'islam, et leur impose l'unité politique en même temps que l'unité religieuse. Aussitôt après la mort du Prophète, les Arabes se font conquérants. En moins de dix ans (634-643), ils conquièrent la Syrie sur l'Empire byzantin, la Chaldée et de l' Assyrie sur l'Empire perse, l' Egypte, autre province byzantine, et enfin la Perse elle-même.

Sous les califes omeyyades de Damas, les Arabes enlèvent à l'Empire byzantin toute l'Afrique du Nord (696-708), puis passent en Espagne. Après avoir défait l'armée des Wisigoths près de Jerez de la Frontera (711), ils se rendent maîtres de la quasi-totalité de la péninsule. Leur élan n'est brisé que par la victoire de Charles Martel, près de Poitiers, en 732. A l'est, ils conquièrent l'Afghanistan, le Turkestan et une partie de l'Inde ; mais ils échouent devant Constantinople (717). Au moment où les Omeyyades sont dépossédés du califat en 750, l'Empire arabe s'étend, d'un seul tenant, du sud de la Gaule au nord-ouest de l'Inde.

# Online seit Donnerstag, 06. April, 2006 um 10:45

La philosophie arabe

La philosophie arabe est due à des musulmans de maintes nations, mais aussi à des chrétiens et des juifs arabophones. Sa période de plus grande vitalité s'est étendue du IX e au XIV e siècle. L'islam fournissait alors le contexte spirituel, et les grands penseurs étaient musulmans. Mais les philosophes gardaient aussi l'indépendance d'une discipline séculière: fiers de perpétuer la tradition de la Grèce ancienne, ils fondaient leur recherche de la connaissance sur la raison et l'expérience naturelle.

Le Coran, quoique pénétré de pensée profonde, n'était pas un traité systématique. Dans la nouvelle civilisation arabo-musulmane, les premiers systèmes de pensée élaborée ont été juridiques et théologiques; ils étaient consacrés aux questions pratiques et théoriques directement soulevées par les saintes écritures. Les premiers théologiens ont mis sur pied la terminologie et les techniques de raisonnement serré, repris ensuite par les premiers philosophes arabes. Dans le même temps, la science et la philosophie des Grecs tardifs étaient maintenues vivantes, au Moyen-Orient, par les savants chrétiens de Constantinople.

La «Maison de la science»
C'est à Bagdad, au début du IX e siècle, que la philosophie se délivre de la théologie et des sciences coraniques: la pensée islamique s'appuie sur les modes d'interprétation et les cadres conceptuels de la culture grecque. Sur l'initiative du calife al-Mamoun (813-833) est créée une «Maison de la science », où des générations de traducteurs offrent aux penseurs de langue arabe les textes majeurs de la philosophie antique, de la médecine, des mathématiques, sans oublier leurs nombreux commentateurs. Voilà qui donne son style à la philosophie islamique jusqu'à nos jours: elle médite les questions métaphysiques du néoplatonisme et de la cosmologie de Ptolémée, dont elle tente de concilier l'enseignement avec celui du Coran.

La tradition gréco-musulmane
D'une part, c'est une philosophie fondée sur l'unité des systèmes de pensée de Platon et d' Aristote, symbolisée par la version arabe de Plotin, attribuée à tort à Aristote. Ce malentendu va faciliter la vaste synthèse doctrinale qui culminera dans l'½uvre d'Avicenne (Abou Ali al-Husayn ibn Sina, 980-1037). D'autre part, c'est une philosophie prophétique. Cela veut dire que la même vérité révélée par l'ange Gabriel au prophète Mahomet est révélée aux philosophes par une émanation de Dieu qui prend le nom d' «intellect agent».

Ainsi les philosophes reçoivent-ils une illumination dont la source est la lumière divine, séjournant dans le verbe divin. Tandis que le langage prophétique est fait de récits et de commandements, l'illumination philosophique conduit l'âme à découvrir les causes efficientes, formelles, matérielles et finales qui expliquent le monde créé. Contrairement à la philosophie occidentale moderne, la philosophie islamique ne considère pas la raison comme le libre examen des choses, mais comme l'ouverture à des vérités intelligibles, conceptuelles, qui ne diffèrent pas de celles que les prophètes ou les imams du chiisme ont reçues de Dieu.

Ainsi, la «philosophie» était conçue en termes plus larges que dans la tradition analytique moderne; elle incluait de grandes questions scientifiques. On ne la distinguait en fait des sciences «régulières» qu'en raison de son intérêt pour les principes généraux de la connaissance plutôt que pour les détails. La méthode de raisonnement était la logique syllogistique d'Aristote. Quant à l'étude de la philosophie, elle était censée avoir un objectif pratique sérieux: l'obtention du bonheur pour l'individu et la société, par l'application de la sagesse à la vie: comprendre l'univers et la place de l'homme dans celui-ci, afin de choisir le meilleur mode de vie possible.

La hiérarchie des univers
Le premier objet de cette illumination de l'âme est la hiérarchie des univers: notre monde sensible renvoie, comme à son modèle, au monde de l'âme, qui reproduit à son tour le monde des intelligences. Ce monde supérieur est celui des essences des existants, et il exprime la nécessité de l'être divin. Le monde de l'âme comprend les âmes cosmiques - qui président aux mouvements des sphères célestes concentriques - et celles qui animent les végétaux, les animaux et les hommes. Les âmes sont dotées de facultés de plus en plus riches. Les hommes peuvent posséder une âme dont l'intensité est plus ou moins vive, selon qu'elle est plus ou moins pure et instruite.

Enfin, le monde des corps naturels se divise en deux régions: celle des corps éternels (les sphères célestes) et celle des corps périssables. L'illumination philosophique a donc un autre objet que la révélation de la hiérarchie des univers: elle transforme ce savoir en un salut personnel. L'idéal de l'âme qui doit prendre soin d'elle-même est l'union avec l' «intellect agent», c'est-à-dire avec la pensée éternelle de Dieu.

Pour Averroès (Abou al-Walid Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ruchd, 1126-1198), cette union est moins une pérennisation de l'âme individuelle que le retour de celle-ci à l'universalité de l'intelligible; le plus grand des philosophes arabes d'Andalousie doit par ailleurs sa renommée à ses commentaires d'Aristote qui furent, plus tard, la source principale de la renaissance scolastique dans les universités d'Occident.

Spéculations métaphysiques
Le premier philosophe arabe, Abou Youssouf Yaqoub ibn Ishaq al-Kindi (mort en 867), montre quelque indépendance par rapport aux Grecs. Il soutient, par exemple, que le monde a été créé à partir du néant et qu'il n'est pas éternel. On relève la même indépendance d'esprit chez d'autres philosophes des débuts, tel Razi ou Rhazès (Abou Bakr Ibn Zakariyya al-Razi, vers 860-923) qui conteste Aristote sur plusieurs points. Le corps de la tradition gréco-musulmane est établi par Alfarabius (Abou Nasr al-Farabi, vers 870-950), avant d'être systématisé par Avicenne. Al-Farabi est plus rationaliste et plus aristotélicien, Avicenne tend à la mystique et au néo-platonisme; leurs successeurs proposeront encore d'autres variantes. Il est toutefois possible de donner un aperçu unifié de cette tradition.

La plus haute branche de la philosophie était la métaphysique. Rompus à la théologie, les philosophes arabes concevaient plus clairement qu'Aristote la distinction entre l'essence et l'existence, et comprenaient que rien, dans un concept ordinaire, n'implique l'existence ou la non-existence de ses instances. Avicenne y voyait une preuve de l'existence de Dieu: il doit y avoir une essence qui ne soit pas logiquement contingente, mais nécessaire en elle-même, afin de garantir (octroyer) l'existence à toutes les autres essences.

La philosophie naturelle incluait la cosmologie, la physique générale et la psychologie. L'univers est constitué de formes éternelles et de matière éternelle. Leurs combinaisons sont immuables dans l'empyrée des étoiles et des anges, mais modifiables dans la sphère sublunaire où se trouve la Terre. L'homme se compose d'un corps mortel et d'une âme dont la partie la plus subtile - l'âme - est immortelle en un certain sens (entendu de diverses façons par les différents philosophes). La «psychologie» aristotélicienne de l'intelligence, telle qu'élaborée par les commentateurs grecs tardifs, fut reprise et prolongée. L'intelligence passive - ou potentielle ou matérielle - de l'homme reçoit une «information» par illumination de l'intellect actif qui se situe en dehors de l'individu et se rattache à la sphère de la Lune.

Morale et politique
La philosophie reprit à son compte la vocation spirituelle de l'islam. Contre ceux qui pensaient que la vie culturelle devait se maintenir dans les sages limites de l'obéissance à la loi religieuse, les philosophes musulmans ont affirmé l'indépendance de la spéculation et du salut par les seules voies de l'intelligence éclairée. Ils ont aussi créé un discours autonome sur les questions morales, et ce à partir d'une fusion originale entre la tradition d'Aristote, les données anciennes de la sagesse persane et de l'éthique arabe, mais aussi de toute une réflexion sur les devoirs des princes et la fonction de l'Etat.

Devant la ruine du califat, consommée par l'invasion mongole, les philosophes chiites, en particulier dans l'Orient musulman, ont cherché à retrouver l'inspiration platonicienne et à réincarner le roi-philosophe dans la personne du Guide attendu. Cette méditation éthique et politique inspire aussi l'entreprise immense d'Ibn Khaldoun (1332-1406); ses Prolégomènes à l'histoire universelle veulent fonder une science nouvelle, portant sur l'ensemble de la civilisation.

La critique religieuse et les synthèses nouvelles
Cette «philosophie de la pérennité» a été critiquée comme non islamique par les théologiens, spécialement par Abou Hamid al-Ghazali (1058-1111), qui s'attaqua plus spécialement à trois doctrines: l'éternité du monde, la connaissance par Dieu du seul universel (et non des accidents), et le refus de la résurrection de la chair. La tâche principale de la défense revint à Averroès qui arguait que si l'on comprenait correctement Aristote et le Coran, il n'y avait pas de désaccord entre eux.

Les générations suivantes de philosophes musulmans divergèrent de la tradition centrale gréco-musulmane en suivant des tendances différentes. Averroès chercha à revenir à l'Aristote des origines. Ibn al-Arabi (1165-1240) mêla le mysticisme intellectuel à l'islam, en considérant l'homme comme le plus haut reflet de la nature divine, et Mahomet comme l'homme le plus parfait. Les théologiens musulmans adoptèrent les techniques philosophiques de raisonnement et d'analyse, sans abandonner toutefois leur approche traditionnelle et leurs doctrines; c'est la conception du monde qu'avait Ibn al-Arabi qui eut l'influence la plus profonde sur la pensée arabo-persane des derniers siècles prémodernes.

Des philosophes juifs s'exprimèrent en arabe en même temps que les musulmans - en Espagne surtout -, et beaucoup de musulmans subirent leur influence. Les problèmes d'harmonisation entre la philosophie grecque et le judaïsme étaient de même nature et l'on relève de remarquables parallèles entre les solutions de Moïse Maïmonide (1135-1204) et celles d'Averroès.

La transmission au monde
Lorsque les études philosophiques renaquirent dans l'Europe chrétienne du XII e siècle, l'Occident récupéra les grands textes de la philosophie grecque par l'intermédiaire de leurs versions arabes. On se hâta de les traduire en latin, avec les résumés et les commentaires qui les accompagnaient; on traduisit aussi, dans la foulée, quelques ½uvres de la philosophie arabe; Avicenne, Averroès et Maïmonide exercèrent ainsi une grande influence sur la pensée médiévale.

Une bonne partie de la philosophie arabe médiévale est restée d'un grand intérêt: résumés intelligents de la pensée grecque, vastes synthèses de philosophie et de mysticisme, grande controverse entre al-Ghazali et les philosophes, tentatives d'harmoniser la philosophie et la religion révélée. La philosophie islamique reste aujourd'hui vivante, surtout en Iran (Ispahan, Qom, Kerman).

# Online seit Donnerstag, 06. April, 2006 um 10:49

Geändert am Mittwoch, 06. Juni, 2007 um 07:26

La dynastie des Omeyyades

La dynastie des Omeyyades
La prise du pouvoir
Omayyades , ou Umayyades , en arabe Banou Oumayya. La dynastie des Omeyyades régna à Damas de 661 à 750 et à Cordoue de 756 à 1031. Elle fut fondée par Moawiyya, du clan quraychite, proclamé calife à Damas en 661 à la suite de sévères luttes de clans.

Chef des Omeyyades et gouverneur de la Syrie, Moawiyya veut venger le meurtre de son cousin Othman et refuse de reconnaître la validité de la succession accordée à Ali, cousin et gendre de Mahomet. Un conflit armé éclate à Siffin, sur l'Euphrate. Une trêve proposée par Moawiyya et acceptée par Ali permet au premier de conserver le contrôle de la Syrie. Progressivement, Moawiyya affirme son autorité et, lorsque Ali est assassiné en 661 par un kharidjite, il s'empare du califat (661-680) et fait de Damas la capitale de la nouvelle dynastie.

Dissensions religieuses
Cet affrontement porte en germe la division de la communauté musulmane en trois grands ensembles: ceux qui se réclament d'Ali, revendiquant pour lui seul ou pour un de ses descendants le califat, sont à l'origine du chiisme (de chia, «parti» ); les partisans d'Ali qui refusent le principe de la trêve au nom des principes originels de l'islam font sécession et sont à l'origine du kharidjisme (les kharidjites sont «les sortants»); enfin, tous ceux qui soutiennent Moawiyya, ou qui se rallient progressivement à l'autorité du calife en place, sont à l'origine du sunnisme (de sunna, la tradition , que ces musulmans affirment respecter avant tout).

La tâche urgente pour Moawiyya est de restaurer le pouvoir du calife, ébranlé par des années de luttes intestines. Il désigne, de son vivant, son fils Yazid pour lui succéder, assurant ainsi le pouvoir de la dynastie des Omeyyades. Même si le principe dynastique n'est pas reconnu de droit, le califat se transmet de fait à l'intérieur de la même famille, ce qui n'empêche ni les dissensions dans la communauté ni les rivalités.

Après la mort de Moawiyya, en 680, l'Empire omeyyade connaît une grave crise religieuse et politique: Husayn, le second fils d'Ali, tente de s'emparer du califat. En 680, il est massacré avec soixante-dix des siens à Karbala (en Irak), qui devient l'un des hauts lieux du chiisme; en 685, al-Mukhtar, fervent partisan d'Ali, conduit une autre révolte chiite et tente de renverser le pouvoir omeyyade; l'agitation des kharidjites est également une source constante de déstabilisation.

Une administration efficace
Le grand calife omeyyade Abd al-Malik (685-705) s'emploie à rétablir l'autorité. Il devient urgent de développer et de renforcer l'administration restée jusque-là très rudimentaire. Pour ce faire, il impose l'arabe comme langue administrative et crée une monnaie proprement arabe: le dinar d'or et le dirham d'argent.

Les provinces sont gouvernées par un wali - gouverneur civil et militaire -, nommé par le calife; il est secondé par un cadi, chargé de la justice et gardien de la Loi, et par un amil, chargé des ressources financières. Le système fiscal progressivement mis en place par les Arabes est complexe, car il tient compte à la fois des pratiques antéislamiques et des principes de la loi musulmane.

Le dernier calife omeyyade
Le successeur d'Abd al-Malik, Walid Ier, construisit la grande mosquée de Damas (705). L'expansion continua sous les deux califes suivants, qui conquirent l'Espagne (711-712), la Transoxiane et les confins de l'Inde (vers 720). Omar, fils d'Abd al-Aziz, contribua par sa piété et ses conquêtes à l'éclat de cette civilisation.

Pour n'avoir pas su apporter de réponse satisfaisante aux questions religieuses et à celles relatives à la place dans la société que doivent occuper les mawalis -musulmans d'origine non arabe dont le nombre croît rapidement du fait des conquêtes et des conversions -, les Omeyyades se heurtent à une vaste coalition. Celle-ci regroupe les chiites mécontents, les mawalis déçus et les Abbassides, qui revendiquent le califat pour un descendant d'Abbas, un autre oncle de Mahomet. L'insurrection, dirigée par un affranchi iranien converti, Abou Mouslim, part du Khorasan, gagne rapidement le reste de l'Iran et l'Irak.

En 749, à Koufa, la citadelle chiite, les révoltés proclament calife Abou al-Abbas Abd-Allah (779-754), et remportent en 750 une grande victoire sur les troupes omeyyades au Grand Zab, un affluent du Tigre, puis massacrent Marwan II, dernier calife omeyyade, et sa famille. La révolution abbasside ouvre le règne d'une dynastie qui va durer de 750 à 1258.

Les califes de Cordoue
Cependant, un seul membre de la famille réchappa au massacre et fonda l'émirat de Cordoue. Un de ses successeurs, Abd ar-Rahman III (912-961), acheva la pacification de l'Andalousie (Al-Andalous), soumit les chefs arabes et berbères, et prit le titre de calife. Il fit de Cordoue le centre d'un riche royaume.

Le X e siècle vit la conquête de Saint-Jacques-de-Compostelle (997) et l'apogée de cette brillante civilisation. Cordoue rivalisait alors en richesses et en éclat intellectuel avec Bagdad et Constantinople. L'anarchie s'installa cependant là aussi, et plusieurs principautés se disputèrent l'héritage des califes de Cordoue (1031).

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Les Abbassides

Les Abbassides
L'arrivée au pouvoir
Sous le règne des Abbassides, dynastie de 37 califes qui régnèrent à Bagdad de 750 à 1258, l'Empire arabo-musulman traversa une période resplendissante, tant sur le plan politique que sur le plan économique et culturel.

L'avènement des Abbassides, descendants d'Abou al-Abbas, oncle du prophète Mahomet, fut l'aboutissement d'un complot rassemblant, au nom de la famille du Prophète, de nombreux opposants à la dynastie des Omeyyades. Cependant, c'est Abou Mouslim, le chef d'une armée de nouveaux convertis de la région orientale de l'Iran nommée Khorasan, hostiles à l'aristocratie arabe, qui porta Abou 'l-Abbas as-Saffah au pouvoir. La décisive victoire du Grand Zab (nom d'un affluent du Tigre) en 750, suivie du massacre des Omeyyades, laissa aux Abbassides un empire immense, qui allait de l'Atlantique, à l'ouest, à l' Indus, à l'est. Le gouvernement des Abbassides ne s'exerça que durant deux siècles.

Les Abbassides se confinèrent ensuite dans un rôle religieux honorifique, abandonnant la réalité du pouvoir aux militaires, d'abord aux émirs bouwayhides (945-1055), puis aux sultans seldjoukides (1055-1194), enfin aux Khwarizmiens, avant d'être éliminés par les Mongols.

Les Abbassides transfèrèrent de la Syrie en Iraq le c½ur de l'empire; en 762, al-Mansour y fonda Bagdad, éloignée de la Méditerranée, et substitua le modèle architectural perse au modèle byzantin, cher aux Omeyyades. Bagdad, rivale de Byzance, s'imposa au monde par le luxe de sa cour, la richesse de son commerce et le rayonnement de sa culture.

Prospérité économique
Malgré les révoltes que suscitèrent les anciens alliés, frustrés de la victoire, l'Empire abbasside connut très tôt son apogée. Les nouveaux califes, parmi lesquels se distinguent Haroun al-Rachid (786-809), le fastueux calife des Mille et Une Nuits, et surtout al-Mamoun (813-833), le promoteur des études scientifiques, autour de la maison de la Sagesse à Bagdad, se voulaient les chefs des croyants mais ils gouvernèrent en despotes. Ils s'appuyèrent sur l'armée khorasanienne et sur la caste des secrétaires persans, dirigée par le vizir et les docteurs de la Loi (fuqaha). La vie économique semble avoir été brillante.

L'agriculture paraît prospère et de nouvelles plantes, comme le coton, le mûrier, les agrumes, furent cultivées. Pourtant, les campagnes étaient méprisées et dominées foncièrement et fiscalement par les villes, qu'animaient le commerce et l'artisanat. Le Moyen-Orient, au carrefour de trois continents, jouait pleinement son rôle de zone transitaire entre l'Extrême-Orient chinois et indien d'une part, les mondes byzantin et franc de l'autre.

De nombreuses routes caravanières et fluviales ou maritimes sillonnaient l'empire et convergeaient vers Bagdad, apportant les soieries de Chine, les épices et le bois de l'Inde, les fourrures et les esclaves de l'Asie du Nord, les esclaves encore d'Afrique orientale et du monde slave. Ces échanges, souvent aux mains de non-musulmans, reposaient sur un système bancaire très élaboré. L'artisanat, stimulé par la consommation des grandes villes, fournissait à son tour des produits pour l'exportation (tissus, papier).

Un âge d'or
Si le changement de califat avait apporté l'égalité ethnique, l'essor économique favorisa la constitution d'une nouvelle classe dirigeante qui supplanta la noblesse arabe devenue inutile par l'arrêt des conquêtes. Un fossé séparait du peuple cette classe formée de propriétaires fonciers, de marchands, de secrétaires, de lettrés, de chefs militaires, et les mécontentements sociaux s'exprimèrent souvent par des oppositions religieuses: chiisme, zoroastrisme.

Le souverain et la cour vivaient loin du peuple, dans le luxe et selon un cérémonial inspiré de l'étiquette sassanide. Aux côtés du calife, véritable monarque absolu, le vizir assurait la direction de l'administration. Celle-ci était devenue de plus en plus complexe: les directions administratives se multiplièrent, et un grand nombre de secrétaires, souvent d'origine iranienne, s'y affairaient. Ces derniers furent largement à l'origine de l'essor des lettres et des sciences, qu'encourageaient les grands califes Haroun al-Rachid et al-Mamoun.

Dans les villes s'élabora la civilisation arabo-musulmane «classique». Les califes abbassides avaient compris la valeur des civilisations antiques, perse, grecque, hindoue, et ils voulurent les intégrer au fond islamique. Un remarquable effort de recherches (traductions, études), mené à Bagdad aux IX e et X e siècles, conduisit à l'âge d'or de la culture musulmane.

Dans tous les domaines, ce fut l'épanouissement: en poésie avec al-Moutanabbi, en prose avec al-Djahiz (mort en 868), en histoire avec al-Tabari (mort en 923). Des écoles juridiques et théologiques se constituèrent. Les philosophes tentèrent de concilier philosophie antique et foi islamique; les savants transmettaient et firent progresser l'héritage antique en mathématiques et en médecine.

La chute
Cependant, le régime fut très tôt affaibli par des crises de succession (810-813; 861-870), par la grande révolte de Babek, qui secoua tout l'ouest de l'Iran de 816 à 839, et par la volonté d'autonomie des provinces.

Des dynasties autonomes
L'immensité de l'empire, la lenteur des communications et le désir d'autonomie régionale expliquent que les provinces s'émancipèrent progressivement de la tutelle de Bagdad. Des dynasties autonomes se formèrent, conservant le cadre institutionnel et culturel arabo-musulman, mais présentant des traits originaux. Ces mouvements séparatistes affectèrent d'abord les régions les plus éloignées de Bagdad, puis les parties centrales de l'empire:

* l'Espagne, ou al-Andalous, avec les Omeyyades de Cordoue (756-1031); Abd ar-Rahman III prit le titre de calife, en 929;
* le Maghreb central, avec les principautés kharidjites (Tahert, fondée en 776; Tlemcen, Sidjilmasa);
* l'Ifriqiya, avec les Aghlabides (800-909), les Fatimides (909-969), les Zirides (969-1058);
* le Maroc, avec les Idrissides (fondation de Fès en 808);
* le Khorasan, la Transoxiane et l'Iran oriental, avec les Tahirides (821-873), les Saffarides (861-908), les Samanides (874-999), les Ghaznévides (962-1186);
* l'Egypte, avec les Toulounides (868-905), les Ikhchidides (939-969), les Fatimides (969-1071);
* la Syrie et la haute Mésopotamie, avec les Hamdanides (890-1008).

Tous les émirs locaux tentèrent de faire de leur capitale une concurrente de Bagdad, en soutenant les activités économiques et culturelles. Souvent, ils assurèrent la défense et l'extension du territoire de l'islam face aux infidèles. Ainsi, les Aghlabides d'Ifriqiya firent la conquête de la Sicile (de 826 à 902) et multiplièrent les incursions en Italie du Sud. De même, le grand souverain turc ghaznévide Mahmoud (999-1030) lança une série d'expéditions en Inde, à partir de sa capitale Ghazna, et fit passer sous la domination de l'islam le Pendjab et une partie du Sind. Enfin, au Xe siècle, le hamdanide Sayf al-Dawla dut faire face aux grandes campagnes menées par Byzance en Syrie du Nord.

Le pouvoir turc
L'introduction des Turcs dans l'armée, par al-Moutasim (833-842) qui voulait se créer une garde fidèle, mina le pouvoir central. Dans les premiers temps de l'islam, l'armée, composée de volontaires d'origine arabe, s'enrichit progressivement d'éléments indigènes. Au premier siècle abbasside, les troupes venues du Khorasan étaient les plus nombreuses. Dès le deuxième siècle abbasside, les califes, dont la confiance dans leurs troupes allait en décroissant, recrutèrent des mercenaires, esclaves d'origine turque razziés ou achetés à la frontière orientale de l'empire. Leurs chefs, turcs eux-mêmes, jouèrent un rôle grandissant, au détriment de la vieille aristocratie arabe.

Rapidement les Turcs imposèrent leur loi aux califes; c'est pour eux que fut fondée Samarra, capitale éphémère au nord de Bagdad (836-892). Le régime fut encore ébranlé par la révolte des Zandj, esclaves noirs des salines du bas Iraq (869-883). La prise du titre califal par les Fatimides d'Afrique (909) et les Omeyyades d'Espagne (929) rompit l'unité religieuse. Le califat abbasside fut réduit à l'Iraq et à ses confins. A partir de 936, une lutte s'engagea entre les chefs militaires pour le contrôle du califat, dont sortirent vainqueurs les Bouwayhides, originaires du sud de la mer Caspienne. Leur régime (945-1055) consacra la mainmise de l'armée sur le pouvoir et sur les ressources de l'Etat, tandis que le commerce fut détourné vers l'Egypte. Cependant, l'Orient musulman produisit encore quelques génies, tels Ibn Sina (Avicenne) et al-Birouni.

Les Turcs Seldjoukides intervinrent en 1055 pour protéger le califat. L'empire qu'ils fondèrent connut à son tour un éclat de quelques décennies, suivi d'un long déclin. En 1258, les Mongols d'Hülegü détruisirent Bagdad et mirent fin au califat. Pourtant les Mamelouks d'Egypte recueillirent un survivant abbasside qui maintint fictivement le pouvoir abbasside jusqu'à l'arrivée des Ottomans en 1516.

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